Réutilisation des eaux usées : un « levier » pour certains agriculteurs seulement
La « Reut », ou réutilisation des eaux usées traitées, constitue un levier pour protéger certaines cultures face à la raréfaction de l'eau, mais pas une solution miracle pour l'ensemble de la ferme France, explique une étude publiée jeudi par l'institut Terram.
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Le procédé consiste à utiliser pour de nouveaux usages des eaux ayant déjà servi à des fins domestiques ou industrielles et ayant fait l'objet d'un traitement préalable. En tenant compte des contraintes de ce type de solution, notamment en termes de coûts et de conséquences pour l'environnement, les auteurs de l'étude, l'économiste de l'eau Esther Crauser-Delbourg et l'agronome Jean-Paul Bordes, évaluent à une fourchette comprise « entre 1 et 1,8 milliard de mètres cube par an » la quantité d'eau mobilisable par ce biais.
« Un tel volume permettrait d'irriguer près de 500 000 à 800 000 hectares de grandes cultures, sur la base d'un besoin moyen de 200 millimètres par hectare, soit l'équivalent d'environ 28-45 % de la surface actuellement irriguée en France », estiment-ils.
L'irrigation concerne en France environ 7 % de la surface agricole utile, selon l'Insee, mais les surfaces ont augmenté de près d'un quart sur les quinze dernières années, et devraient continuer à progresser, sous l'effet du changement climatique.
Outre un besoin moins prégnant qu'en Espagne, par exemple, le coût semble le principal frein au déploiement de cette solution encore très marginale en France (environ 1 % des eaux usées y sont réutilisées, contre 15% en Espagne, par exemple).
Les analyses disponibles estiment le coût de l'eau issue de la Reut « dans une fourchette comprise entre 0,80 et 1 euro le mètre cube », soit un rapport de 1 à 20, par rapport aux prix de l'eau prélevée directement dans le milieu naturel, souligne le rapport.
De ce fait, « les usages agricoles les plus compatibles avec la Reut sont ceux à forte valeur ajoutée (agrumes, horticulture, arboriculture) ou à forte productivité hydrique » (fourrage, maïs irrigué, luzerne), selon l'étude.
Enfin, l'analyse des projets étudiés montre que la Reut à des fins agricoles « doit se développer avec un partage explicite des coûts entre les différentes parties prenantes », soit les collectivités, les usagers de l'eau potable et les agriculteurs bénéficiaires, pour qui le coût devient plus supportable.
Ce partage des coûts peut se justifier par « des bénéfices collectifs dépassant le seul usage agricole : réduction de la pression sur les milieux naturels, sécurisation des usages en période de tension hydrique, optimisation des infrastructures d'assainissement et renforcement de la résilience territoriale ».
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